Moulinex abrupto

M. Evaristti, Helena, Mixers Moulinex et poissons vivants, Trapholt Art Museum, Kolding,  2000.

M. Evaristti, Helena, Mixeurs Moulinex, eau et poissons vivants, Trapholt Art Museum, Kolding, 2000.

La mise à mort d’un animal au nom de l’art est définitivement le sujet polémique qui aura fait couler le plus d’encre ces dernières années et pas uniquement dans les rangs des plus fervents défenseurs des animaux.

En 2000, Marco Evaristti présente son œuvre « Helena » au Trapholt Art Museum de Kolding (Danemark). L’installation consiste en dix mixeurs Moulinex posés sur une simple table, lesquels ont tous été remplis d’eau, les transformant ainsi en autant d’aquarium destinés à accueillir un poisson rouge vivant. Les appareils sont branchés, donnant à chacun la possibilité de tuer l’animal. L’idée de l’artiste était de laisser au public le droit de vie ou de mort en appuyant ou non sur le bouton « marche ». En mettant le spectateur face à la tentation, il s’agit de titiller ses instincts les plus basiques, de le confronter à ses propres valeurs morales et provoquer en lui une lutte avec sa conscience. Ce que l’artiste voulait dénoncer par son installation, c’est le cynisme et la brutalité du monde qui l’entoure.

Cette lutte intérieure entre le bien et le mal en impliquant la mort potentielle d’un animal n’était pas du goût de tout le monde et une plainte fut déposée par l’Association « Friends of animals »à l’encontre de l’artiste et du directeur du musée pour cruauté envers les animaux. La cour considéra qu’il n’y avait pas réellement de maltraitance, et ce suite aux observations d’un expert de chez Moulinex, mandaté pour l’occasion, qui affirma que la mort intervenait après moins d’une seconde. La décision de la cour fut donc que les poissons étaient tués instantanément et humainement.

marco_evaristti_fotograf_lars_nyboellCe qui est intéressant dans ce cas, c’est que l’on ne peut pas vraiment accuser l’artiste de maltraitance directe envers les animaux, car Evaristti lui-même n’a jamais appuyé sur le bouton meurtrier, laissant le soin au spectateur de le faire si l’envie, la faiblesse ou la cruauté le lui disait, ce qui fut le cas pour au moins l’un des visiteurs de l’exposition, puisque deux des poissons rouges furent réduits en bouillie. Pourtant, même si Peter Meyer, le directeur du musée, estimait qu’ « un artiste a le droit de créer une œuvre qui défie nos concepts de ce qui est bien ou mal », les mixeurs furent débranchés durant tout le reste de l’exposition.

Petite victoire pour les défenseurs des animaux ou grande défaite pour l’Art ? L’utilisation des animaux dans l’art est devenue aussi extrême que controversée. L’éthique est en effet devenue un paramètre de plus en plus présent dans le domaine artistique, ce qui oblige les artistes à se conformer à ces règles, s’ils veulent éviter d’attirer une quelconque publicité négative ou des recours de toutes sortes.

Bibliographie :

Notice de Helena sur le site personnel de l’artiste.

Article sur Helena dans le Wall street journal

J-B JEANGENE VILMER, Animaux dans l’art contemporain : la question éthique in Jeu : Revue de Théâtre n°130, Montreal, 2009

J-B JEANGENE VILMER, Ethique animale, coll. Ethique et philosophie morale, P.U.F., Paris, 2008

N. HEINICH, Ping à Paris, 1994. De Beaubourg à Brigitte Bardot in L’Art contemporain exposé aux rejets, étude de cas, Hachette littératures, Paris, 2009.

B. DENIS-MOREL, L’animal à l’épreuve de l’Art contemporain : le corps comme matériau in Société et représentation n°27, Publications de la Sorbonne, Paris, 2009.

F. BOULANGER, Ethique animale : un débat entre négation et nouvelles considérations, Mémoire de recherche en Master 1, Université de Versailles, année académique 2009-2010.

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