Songe et mensonge

J.-A.-D. INGRES, le songe d'Ossian, Huile sur toile, 1813, Musée Ingres, Montauban

J.-A.-D. INGRES, le songe d’Ossian, Huile sur toile, 1813, Musée Ingres, Montauban

A la fin du XVIIIe siècle, les références gréco-latines inspirent les arts et le néo-classicisme ne connaît pas de réelle opposition. La redécouverte d’une épopée celtique va pourtant venir inverser la tendance. En 1760, le poète James Macpherson publie une série de textes qu’il affirme être la traduction des chants épiques d’Ossian, barde aveugle du IIIe siècle. De jeunes artistes, avides d’une nouvelle source d’inspiration, vont voir dans cette littérature « barbare », un moyen de se défaire de la rigidité classique pour développer ce qui deviendra le Romantisme.

Ils vont trouver chez cet « Homère écossais », l’héroïsme, l’élan mystique et les représentations fantasmées des landes balayées par la brume qui vont leur permettre d’exprimer les sentiments de nostalgie et de mélancolie qui forment le terreau de l’esthétique romantique.

Ces artistes vont pouvoir compter sur un mécène de choix en la personne de Napoléon qui est l’un des plus grands ossianophiles de son temps. Il va commander de nombreuses œuvres basées sur les poèmes du barde, notamment à François Gérard ou Anne-Louis Girodet. Mais l’une des représentations les plus célèbres a été réalisée par Jean-Auguste Dominique Ingres qui peint « le songe d’Ossian » en 1813.

Cette œuvre, destinée à décorer le ciel de lit de la chambre impériale du palais de Monte Cavallo représente le barde endormi surmonté d’une série de personnages mythologiques blafards, dont une femme qui lui tend la main et semble s’adresser directement à lui. Il pourrait s’agir de sa femme Eviralina, bien que cette identification reste hypothétique. Elle pourrait également être une personnification de l’envie d’Ingres d’être reconnu à sa juste valeur, lui qui à cette époque se considère comme un artiste mésestimé, voire mal aimé. Le second personnage le plus proche du barde, le guerrier, pourrait dès lors représenter son besoin de gloire, d’autant plus que le personnage qui surmonte ce guerrier serait de l’avis général un autoportrait du peintre.

Les poèmes d’Ossian qui ont indubitablement exalté la sensibilité romantique d’Ingres et des autres artistes de l’époque, se sont pourtant avérés être un faux littéraire savamment orchestré par Macpherson. Le poète aurait « réinventé » des légendes celtiques qu’il aurait regroupées pour en faire une grande épopée. La figure ossianique n’en eut pas moins un rôle déterminant dans l’intégration du modèle romantique dans l’inconscient collectif.

Bibliographie :

K.H. GRIMME, Ingres, Taschen, Cologne, 2006.

Notice sur le Songe d’Ossian sur le site « Musées Midi-Pyrénées ».

Le mythe d’Ossian sur le site « Histoire par l’Image » – Réunion des musées nationaux.

N. WOLF, Romantisme,  Taschen, Cologne, 2007.

I. CAHN, D. LOBSTEIN, P. WAT, Chronologie de l’Art du XIXe siècle, Tout l’Art  : Encyclopédie, Flammarion, Paris, 1998.

S. SPROCATTI (Dir.), Guide de l’Art – peinture, sculpture, architecture du XIVe siècle à nos jours, Editions Solar, Paris, 1992.

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