Chimère de tous les vices

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T. Grünfeld, Misfit (cochon/oiseau), 2001

L’utilisation d’animaux empaillés dans les œuvres d’art existe depuis longtemps. Joan Mirò dès 1936, intégrait un perroquet empaillé sur un perchoir dans sa composition intitulée « Objet ». Et si pour certains l’animal était un moyen d’ancrer l’Art dans la réalité, d’autres ont préféré jouer la carte du burlesque pour faire l’analyse de notre société. Thomas Grünfeld, a choisi d’explorer cette deuxième voie à l’aide de ses animaux fantastiques.

Ceux-ci sont issus des « Wolpertingers », animaux tirés des contes et légendes populaires bavaroises. Sa série « Misfits » est une sorte de bestiaire improbable fait de la réunion de différentes parties d’animaux empaillés qui ne sont pas sans rappeler les spécimens que l’on pouvait voir dans les cabinets de curiosités de la Renaissance (l’artiste en est d’ailleurs totalement conscient car il présente le plus souvent ses hybrides dans des vitrines).

La surprise fonctionne parfaitement du fait que les différents animaux constituant « l’espèce finale » sont aisément reconnaissables au premier coup d’œil. Cela a pour effet de balader le spectateur entre ce qu’il croit reconnaître et la chimère qui s’impose à lui.

Mais Grünfeld n’a pas pour seul but de nous amuser avec ses bestioles, il veut nous inciter à porter un regard critique sur l’évolution de la science et les méfaits d’une dérive qui semble devenir de plus en plus inéluctable. Dans cette époque qui a vu se concrétiser le clonage et les manipulations génétiques de tout ordre, cette série d’œuvres veut nous interpeller sur les dangers de la science sans conscience et sur l’Homme en général.

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