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La carte géographique a toujours eu une place de choix dans l’Art à travers le temps. L’évolution des mœurs, de l’Art et de sa pratique au XXe a poussé les artistes à créer en utilisant ce médium et son aura pour en exploiter toutes les propriétés, qu’elles soient matérielles, formelles, symboliques, utilitaires, fantasques, politiques… Pour certains artistes, la carte n’est pas uniquement un moyen de créer, ni même l’œuvre elle-même, elle est un véritable de carnet de route. Ces artistes ont fait de l’exploration la pierre angulaire de leur création.

Richard_LongRichard Long, l’une des figures les plus connues du Land Art, est un artiste-marcheur. Il détermine le trajet qu’il va effectuer en traçant une forme géométrique sur une carte qu’il annote au cours de son périple. La carte n’est pas pour lui un simple outil, elle entretient avec la performance un rapport d’équivalence totale. Elle lui permet de localiser les paysages qu’il a photographiés durant sa marche et est le support de ses textes, qui donnent son nom à l’œuvre. On peut donc trouver dans sa production des œuvres telles que Long water circle walk. A two day walk around and inside a circle in highland Scotland summer (1980). La carte devient un espace concret, au même titre que les paysages que l’artistes traverse au fil de ses déambulations.

StalkerDans la même veine d’« art exploratoire », le collectif Stalker, créé en 1995, propose au public des marches à travers les zones délaissées par l’urbanisme moderne. Pour ce faire, le groupe identifie un trajet qu’il trace sur une carte et qui servira à la réappropriation de ces zones délaissées. Ils ont notamment organisé des marches qui avaient comme idée conductrice le fait de ne jamais fouler l’asphalte, ou encore des marches qui suivaient le tracé d’un aqueduc souterrain. La carte chez Stalker a donc un statut de metteur en scène de la reconquête des espaces oubliés qui offrent par conséquent la possibilité d’une expérience temporelle.

Sometimes-Making-Something-Leads-To-Nothing-By-Francis-AlysFrancis Alÿs a lui aussi basé la plus grande partie de sa création sur la marche, mais là où Long et Stalker s’en servaient pour élaborer une certaine réappropriation de l’espace, l’artiste belge se sert de cette mobilité pour interroger la réalité à travers l’espace urbain. L’une de ses performances les plus célèbres, intitulée Sometimes doing something leads to nothing (1997), consistait à pousser un bloc de glace dans les rues de Mexico city. Le bloc par le frottement sur le sol et la chaleur de plomb fondait peu à peu, faisant disparaître jusqu’aux traces de son passage par évaporation. Avec cette marche absurde, il voulait poser la question de la démesure des efforts à fournir si l’on veut survivre. Pour restituer pleinement son action, Alÿs dessine systématiquement son trajet sur une carte géographique. Contrairement à Richard Long et le collectif Stalker qui déterminent leur itinéraire au préalable sur la carte, Francis Alÿs utilise la carte comme d’un témoin de son périple.

pvw1Philippe van Wolputte se sert également de la localisation géographique comme d’un témoin de ses interventions. Pour lui, il s’agit presque toujours de mettre en exergue les potentialités de lieux désaffectés ou abandonnés qui ont une fonction importante dans l’histoire et dans le paysage d’une ville, et dans lesquels il voit de possibles lieux de culture. Ces lieux, qu’il photographie afin de pouvoir communiquer l’expérience et l’interprétation qu’il en fait, il les localise non pas directement sur une carte, mais il en indique les références cartographiques précises, afin que celui qui le souhaite puisse les trouver, s’y rendre et se les approprier.

Pour ces artistes, L’art, la marche et la carte géographique sont interconnectés et font intégralement partie de l’œuvre, au même titre que le trajet lui-même.

Bibliographie :
M. DRAGUET, Chronologie de l’Art du XXe Siècle, Flamarion, Paris, 2003.
D. COMERLATI, MoMA Highlights, The Museum of Modern Art, New-York 2004.
S. SPROCATTI (Dir.), Guide de l’Art – peinture, sculpture, architecture du XIVe siècle à nos jours, Editions Solar, Paris, 1992.
Texte sur le collectif Stalker sur le site du Fonds régional d’art contemporain du Centre-Val de Loire
Site personnel de Francis Alÿs
Texte sur Francis Alÿs sur le site de la Tate Modern
Site personnel de Philippe Van Wolputte
G. A. Tiberghien, Poétique et rhétorique de la carte dans l’art contemporain Sur le site du CAIRN
A. Roqueplon, La cartographie chez les artistes contemporains Sur le site du Le Comité Français de Cartographie
AM-A Brayer, Mesures d’une fiction picturale : La carte de géographie Sur le site des les Editions HYX

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