Le premier ours du reste de sa vie


F. POMPON, Ours blanc, 1923-1933, pierre, Paris, Musée d’Orsay

Boudé par le succès pendant presque toute sa vie, François Pompon dut attendre 1922 et l’âge de 67 ans pour goûter aux joies de la notoriété. L’œuvre qui lui valut cette soudaine reconnaissance est l’Ours blanc dont l’un des exemplaires les plus célèbres est conservé au Musée d’Orsay.

Depuis 1905, Pompon s’est libéré de la figure humaine au profit du sujet animalier. Il passe des heures à suivre les animaux de la ménagerie du Jardin des plantes à Paris, les modelant « sur le vif » grâce à un établi portatif attaché autour du cou. C’est lors de l’une de ces visites qu’il modela une ébauche de son Ours blanc.

Le sujet animalier va permettre au sculpteur de développer ce qui va devenir son leitmotiv : ce sont le mouvement et la lumière qui créent la forme. Cependant, il ne s’agit pas de faire de la sculpture abstraite, il s’agit plutôt de donner aux animaux l’attitude la plus naturelle possible, tout en éliminant petit à petit le superflu « de façon à ne plus conserver que ce qui est indispensable ».

Véritable synthèse de formes, l’Ours blanc n’échappe pas à la règle. L’animal semble avancer lentement, ses muscles discrets paraissant bouger lorsque l’on lui tourne autour. Pompon le présenta au public lors du Salon d’Automne de 1922 où, exposé à une bonne place (cédée à Pompon par son ami le sculpteur Joseph Bernard), il va rencontrer un réel succès critique et public.

Quelles peuvent être les raisons de ce succès soudain?

Tout d’abord, il s’agit de la première sculpture monumentale présentée par l’artiste, l’animal est représenté dans ses dimensions réelles. Ce sont ses amis critiques, peintres et sculpteurs qui le poussent à passer à l’échelle supérieure, et notamment Antoine Bourdelle qui lui conseilla : « Le moment est venu de présenter tes animaux au Salon d’Automne. Si tu veux être remarqué, n’hésite pas à voir grand. Ton ours est si vivant qu’il gagnera encore en vérité par la taille ».

Mais au-delà du changement de dimension des œuvres, ce qui permit également au public de 1922 d’accueillir le vieux sculpteur avec les honneurs, c’est le fait que d’autres artistes ont, eux aussi, commencé peu à peu à présenter des sculptures radicalement modernes, aux formes épurées à l’extrême (Brancusi et sa Muse endormie de 1910 par exemple).

Le succès est tel que l’œuvre va être reproduite un grand nombre de fois, dans des matériaux divers (en pierre, en faïence …)  et cela même après la mort de l’artiste qui avait pourtant précisé dans son testament qu’il souhaitait que les moules et les épreuves conservés dans son atelier soient détruits. René Demeurisse, son executeur testamentaire, n’a cependant pas pu résister à l’appât du gain et a autorisé la reproduction massive des animaux de Pompon (qui perdront de leur qualité, de leur relief au fil des reproductions),  prétextant la volonté de faire connaître l’artiste dans le monde entier.

L’artiste fut honoré en 1937 dans sa Bourgogne natale par une reproduction de cet Ours qui révéla si tardivement au grand public ce vieil homme timide et discret.

Photos :

Détail de la tête : photo de Philippe Dessante (http://www.flickr.com/photos/filip42/411850826/in/set-72157627063534844)

Bibliographie

H. MEYER, Pompon, sculpteur animalier de la modernité in Pompon et la sculpture moderne, les Dossiers de l’Art, n°19, juin-juillet 1994.

C. GRAS, L’Ours blanc, un chef-d’œuvre enfin reconnu in Pompon et la sculpture moderne, les Dossiers de l’Art, n°19, juin-juillet 1994.

H. MEYER, Les tirages d’édition in Pompon et la sculpture moderne, les Dossiers de l’Art, n°19, juin-juillet 1994.

I. JIANOU, La sculpture et les sculpteurs, Editions Fernand Nathan, Paris, 1966.

A.PINGEOT, Célébrations nationales 2005-ARTS – François Pompon (connexion le 10 août 2010).

Notice de l’Ours blanc de François Pompon sur le site web du musée d’Orsay (connexion le 10 août 2010).

One comment

  1. J’adore le commentaire, mais dommage que l’oeuvre ait été au musée d’Orsay et pas à Beaubourg (Pompon …. pidou!)
    Super boulot. Merci l’hérédité…

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