Sweet Sixtine

 

Raphaël Sanzio, La Madone de Saint Sixte, ca 1513, huile sur toile, Gemäldegalerie, Dresde

D’abord placée sur le maître autel de l’église Saint Sixte de Plaisance, La Madone de Saint Sixte (ou Madone Sixtine) n’a pourtant connu une renommée mondiale qu’à partir de 1754, lorsqu’elle devint la propriété d’Auguste III et qu’elle fut exposée à la Gemäldegalerie de Dresde.

L’œuvre, commandée par le pape Jules II pour honorer Saint Sixte II, Saint patron familial, présente une iconographie simple, une Vierge à l’enfant entourée de Saints.

Marie est le personnage central de la composition. Placée en hauteur, elle tient dans ses bras l’Enfant Jésus qui regarde devant lui d’un air grave. Rien d’étonnant si l’on tient compte du premier contexte d’exposition de l’œuvre, l’église Saint Sixte de Plaisance. La toile faisait face au jubé qui, comme le voulait la tradition de l’époque, était orné d’un crucifix. Le Christ qui n’est pourtant encore qu’un nourrisson semble alors conscient de son importance face à l’un des symboles majeurs de la Passion. Cette toile, de par son iconographie, avait pour but d’illustrer l’un des évènements les plus importants de la foi chrétienne, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. On peut dès lors considérer cette scène comme étant la présentation du “Dieu vivant” se dévoilant au monde des hommes.

Les deux autres personnages du tableau sont Sainte Barbe et le pape Saint Sixte II. Ils sont placés légèrement plus bas que la Vierge, dans un souci de hiérarchisation du Divin. L’homme d’Eglise semble s’adresser au Christ, pointant du doigt le spectateur dévot.

D’une apparente simplicité, cette œuvre constitue pourtant l’un des exemples les plus concrets de la grande maîtrise du peintre italien tant elle donne l’impression d’une réelle harmonie. L’architecture de la composition est d’une grande justesse. L’oeil est transporté dans le tableau en suivant un chemin bien défini. La tiare papale déposée dans le bas de la composition fait office de pont entre l’espace réel et l’espace pictural; le regard remonte alors le manteau du Pape pour arriver à son visage tourné vers la Vierge (le mouvement ascendant du regard de Sixte II est doublé par le rideau dans la partie supérieure gauche du tableau). L’oeil glisse ensuite sur le voile de Marie pour rejoindre le visage de Sainte Barbe (mouvement descendant lui aussi renforcé par le rideau dans la partie supérieur droite de la composition). Son regard baissé nous amène aux deux putti accoudés au rebord du tableau.

Les théories les plus diverses ont été avancées sur ces petits personnages. Pour certains, ils seraient une représentation de la procession funéraire; pour d’autres (et notamment le désormais célèbre Daniel Arasse), ils seraient la figuration chrétienne des chérubins gardant le voile du temple dans la religion juive. Mais le postulat le plus extravagant voudrait qu’ils soient les portraits des enfants que Raphaël aurait eus avec la Fornarina, son amante légendaire.

Quoi qu’il en soit, ces deux angelots sont sans nul doute les plus connus des “art shop” du monde entier.  Dès le début du XIXe siècle, ils sont isolés du reste de la toile pour être utilisés comme décoration d’objet en porcelaine, de bijoux. Déclinés sous toutes les formes, ils ont acquis une renommée telle que peu de gens savent aujourd’hui qu’ils sont issus d’une l’œuvre dont ils ne sont pas les protagonistes principaux.

 

Bibliographie

Article sur la Madone Sixtine – site de la Gemäldegalerie de Dresde

C. THOENS, Raphaël, Taschen, Cologne,2005.

D. ARASSE, Histoires de peinture, Editions Denoël, Paris, 2004.

D. ARASSE, Le detail – pour une histoire rapprochee de la peinture, Flammarion (Champs Arts), Paris, 1996.

E. H. GOMBRICH, Histoire de l’Art, Phaidon, Paris, 2001.

S. SPROCATTI (Dir.), Guide de l’Art – peinture, sculpture, architecture du XIVe siècle à nos jours, Editions Solar, Paris, 1992.

V. HILLYER, E. HUEY, La peinture et les peintres, Editions Fernand Nathan, Paris, 1965.

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