Petit rat-de-cave

E. DEGAS, Petite danseuse de quatorze ans, 1879-1881, Bronze, Paris, Musée d’Orsay

“Aucun Art n’est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres”. Ce constat de Degas sur son propre travail peut paraître surprenant, tant ses œuvres dégagent un sentiment d’instantané, comme autant de “peintures photographiques”.

La découverte que l’on va faire en 1917 va constituer un élément capital dans la compréhension de cette impression de réalité immédiate. C’est ainsi qu’à la mort de l’artiste, on retrouva dans son atelier pas moins de 150 sculptures de cire et de terre.

La sculpture, Degas la pratique depuis la fin des années 1870, mais dans un but bien précis : “C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture, mais pour donner à mes peintures, à mes dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train, du document, sans plus”. Rien d’étonnant, dès lors, que l’ensemble de ces sculptures soient demeurées inconnues du grand public du vivant de l’artiste.

Degas en exposa cependant une, lors de la 6e exposition impressionniste de 1881. Outre sept tableaux et pastels, il envoya “La petite danseuse de quatorze ans”, sculpture en cire qui va déchainer les foules et provoquer l’indignation des critiques d’Art (Paul Mantz et Charles Ephrussi pour ne citer qu’eux).  Ce petit rat (qui représente Marie Van Goethem, élève de la classe de ballet de l’Opéra de Paris), habillé d’un corselet, d’un tutu, de chaussons de danse, ses cheveux (de crin) pris dans un vrai ruban, contraste furieusement avec les scènes caractéristiques de l’enfance heureuse et insouciante présentées au Salon.

C’est d’ailleurs ce qui est reproché à Degas. Il représente les membres grêles aux muscles tendus et le visage légèrement dédaigneux de cette fillette d’une manière si naturaliste que cela ne peut qu’agresser visuellement le spectateur du Salon.

Degas se place avec cette œuvre comme une sorte anthropologue, présentant un spécimen de cabinet de curiosité,  effet qui est renforcé par la cage de verre dans laquelle l’artiste a placé sa sculpture (cela permet également à la sculpture de dépasser la simple ébauche pour acquérir le statut d’œuvre d’Art).

Cette cire, restée dans l’atelier de Degas jusqu’en 1917,  fut coulée en bronze pour la première fois en 1922 par le fondeur Hébrard (qui en coulera 75 des 150 retrouvées).

Bibliographie

S. ORIENTI, Degas, Les petits classiques de l’Art, Flammarion, Paris, 1969.

C. MATHIEU, Musée d’Orsay : Guide, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1986.

M. LACLOTTE, G. LACAMBRE (E.A.), La peinture à Orsay, Editions Scala, Paris, 1986.

I. CAHN, D. LOBSTEIN, P. WAT, Chronologie de l’Art du XIXe siècle, Tout l’Art  : Encyclopédie, Flammarion, Paris, 1998.

2 comments

  1. Une simple question d’ignorant: le bronze de Degas est en fait une statuette de cire. La technique du coulage de bronze est donc effectuée par un autre artiste.
    Pourquoi donc attribuer cela à Degas?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *