Soyons Réalistes, exposons l’impossible!

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris


 

« Enterrer le Romantisme », c’est ni plus ni moins le but que poursuivait Gustave Courbet lorsqu’il peignit cette œuvre monumentale, tant par ses dimensions que par l’impact qu’elle a eu dans le milieu de l’Art du XIXème siècle.

Le thème de la mort, cher au Romantisme, se retrouve ici représenté dans sa quotidienneté la plus commune. Il s’agit d’un enterrement dans un petit village de Franche-Comté. Cette normalité n’en fait pas moins un véritable manifeste de ce que Courbet appellera lui-même quelques années plus tard « le Réalisme ».

Loin de la grandiloquence de la peinture d’Histoire (qui fait partie intégrante de la peinture Romantique), « Un enterrement à Ornans » préfère de loin la vérité à l’élégance. Le réalisme de la scène provient non seulement du lieu de l’action, mais aussi et surtout de la représentation, dans leur banalité et leur laideur, des personnages qui peuvent tous être identifiés. Courbet a fait défiler dans son petit atelier une partie du village d’Ornans (environ une cinquantaine de personnes) pour pouvoir rendre au mieux cette tranche de vie d’un petit village sans histoire.

Non content de s’approprier un thème phare du Romantisme, Courbet en utilise une autre caractéristique majeure, à savoir une toile de très grandes dimensions, qui permettent au peintre d’élever un événement ordinaire au rang noble de la grande peinture d’Histoire.

Cette œuvre, considérée par la critique comme un « culte rendu à la laideur, une glorification de la vulgarité, de la trivialité odieuse », fit pourtant des émules dans le paysage artistique de l’époque et notamment en Belgique, chez les peintres de la Société Libre des Beaux-Arts de Bruxelles dont Félicien Rops, qui, avec « Un enterrement en pays wallon », nous a laissé une preuve indiscutable de la répercussion que cette œuvre et les inspirations du peintre franc-comtois ont pu avoir sur l’art de l’époque.

Bien que les bases d’un nouveau courant avaient été solidement posées, Gustave Courbet attendit pourtant 1855 pour imposer officiellement le terme de « Réalisme » quand, après avoir été refusé au Salon officiel, il explicitera sa théorie au travers d’une exposition « Le Réalisme, G. Courbet », installée dans un pavillon annexe.

Cette ligne de conduite « réaliste », le peintre avait pour objectif vital de ne jamais la compromettre, comme on peut le lire dans un lettre de 1854 dans laquelle il expose son désir de gagner sa vie grâce à la peinture, sans jamais « dévier d’un cheveu de ces principes », sans « un seul instant mentir à sa conscience » et sans jamais peindre « fut-ce grand comme la main, dans le seul but de plaire à quelqu’un ou de vendre plus facilement ». Le reste de sa longue carrière, scandée d’autant de succès que de refus nous a démontré qu’il s’y sera toujours tenu, sans jamais trahir ses idées.

 

Illustration : Félicien Rops, Un enterrement en pays wallon, 1863, lithographie, Musée Provincial Félicien Rops, Namur.

 

Bibliographie

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